Certains noms, certains mots ont le pouvoir de faire jaillir dans l'esprit de qui les prononce une illumination féerique, des cascades de couleurs, une ronde merveilleuse d'images enchantées.
Le Maroc est de ceux-là. A le dire seulement, vous estompez la grisaille du temps, vous larguez les amarres pour une croisière secrète et vos poumons s'élargissent à l'intuition des brises fraîches des montagnes ou des souffles brûlants du Sud.
C'est la jolie tentation du voyage qui se glisse dans votre pensées. Mais on ne va pas au Maroc comme l'on va vers un quelconque point du monde. Il faut avoir dans le coeur la clé invisible, mais combien utile, d'un pays qui n'accorde au passant que des sensations merveilleuses mais fugaces. Pour le comprendre et pour l'aimer, il faut l'étudier d'abord, se préparer ensuite à son particularisme séduisant, à sa joie chaude, à sa beauté sensuelle et envoûtante.
Examiné sur une carte, le Maroc apparaît comme un "Finis Terrae" transformé en bastion par un caprice de la nature. Le doigt qui le recherche le situe d'emblée dans le Maghreb, mais un Maghreb qui aurait pu être relié à l'Europe par un cordon ombilical s'il n'avait été coupé par le violent courant du détroit de Gibraltar. Ce détroit est d'ailleurs le point marquant des contrastes marocains puisqu'il doit sa force à l'appel des eaux chaudes de la Méditerranée vers les eaux fraîches de l'Atlantique.
Mais, non content d'appartenir à deux univers différents, le Maroc va être le pays du dualisme, et ce caractère nous le retrouverons tout au long du voyage. Quoi de plus intéressant d'ailleurs que ce choix permanent suggéré à l'esprit par la géographie, le milieu et les hommes qui le composent? Bien entendu, on ne peut découvrir ce pays fascinant à travers ses palaces et ses escales internationales. De ce type d'observatoire, on a toujours une vue stéréotypée des choses et la fausse impression de connaître ce que l'on ignore, en définitive. C'est au contraire au long des routes et des pistes que l'on se forgera une idée juste et que l'on apprendra à connaître le Maroc, qui tire curieusement son nom de la corruption de celui de l'une de ses villes: Marrakoush, la Marrakech actuelle.
A vrai dire, le choix de l'itinéraire est difficile, car il faudrait tout voir. Or, dans un pays à peu près grand comme la France et barré du sud-ouest au nord-ouest par le formidable massif-forteresse de l'Atlas, le choix des régions à visiter est commandé par la topographie.
* Le Maroc historique jusqu'à l'indépendance(1956) *
Sur ce fond d'incertitudes va se produire un fait qui marquera de son sceau le destin du Maghreb: l'arrivée des Arabes. Cette vaste région était alors sous la domination nominale de Byzance et avait, bon gré, mal gré, adopté le christianisme, bien qu'il y eut encore de nombreux paîens et une forte colonie juive. Les musulmans, après la mort du prophète Mohammed, en 632, sont partis faire la guerre sainte. Ils connurent bien des revers avant de s'imposer; mais, en 682, Ogba, farouche guerrier, arrive au Sous, fait pénétrer ses chevaux dans les flots de l'Atlantique et s'écrie: << O Dieu de Mohammed, j'irais encore plus loin porter ta gloire si cette mer ne m'arrêtait!>>
Mais, au début du VIIe siècle, les Arabes sont maîtres du Maghreb et, en 711, Tarik à la tête de 8000 Berbères convertis à l'islam, passe le détroit de Gibraltar et anéantit les Wisigoths à Xérès la même année. En 731, Arabes et Berbères sont à Poitiers; mais l'on connaît la célèbre bataille, au cours de laquelle Charles Martel arrêta définitivement le flot des envahisseurs, qui sera refoulé jusqu'à l'Elbe.
<< Ce vieillard marocain, le traditionnel << Chibani>>

est l'image émouvante de cette méditation riche et profonde sur les hommes et sur Dieu. Dans un pays rude et beau, il faut une grande sagesse pour accepter un sort que les contrastes brutaux des temps modernes font souvent apparaître comme injuste et cruel.
Mais ce vieux Berbère de Rissani est un sage qui a mesuré la vanité des apparences. >>











